Partager l'article ! HANS HARTUNG à ANTIBES: l' hiver 1972 je n' avais pas grand chose à faire et j'étais très impécunieux... ...
l' hiver 1972 je n' avais pas grand chose à faire et j'étais très impécunieux...
disons même que j' étais fauché; un ami entrepreneur me proposa de travailler
quelques jours sur un chantier qu' il fallait terminer d' urgence, le client étant
impatient de profiter des lieux.
Il achevaitla piscine d' une villa sur le chemin de St Claude à Antibes. Ce chantier
de construction durait depuis plusieurs années ;un certain nombre d' entrepreneurs
s' étaient succédés ; ils avaient eu de nombreuses contestations avec le commanditaire
de ces constructions: c' était un artiste (sur la côte on prononce artice) qui savait ce
qu' il voulait et ne se satisfaisait pas des approximations des entreprises de construction.
C' est comme cela qu' un jour je me suis trouvé à terminer le carelage au fond de la piscine
de la villa Hartung.linkhttp://www.monument-tracker.com/villes/antibes/fondation-hartung-bergman/
Cette villa était assez énorme,des bâtiments bas,mais nombreux et très étendus. Les
maçons l' appelaient le blockhaus de l' Allemand.Cela m'apparaissait comme une architecture
cubiste,minimaliste.Des formes droites, des lignes qui se coupent à angle droit.des grands pans
de béton ,percés d' ouvertures toutes différentes semblant répondre à une logique interne
En se déplaçant dans le chantier on tombait sur des perspectives d' une simple beauté; l'ensemble
des bâtiments :habitation,ateliers,maison de gardien,les terrasses,les patios tout cela constituait
une sorte de ville idéale comme sortie d' un tableau de Chiricho,mais sans baroque.
je travaillais déjà depuis plusieurs jours au fond de la piscine quand je sentis une présence.En
relevant la tête,au dessus de moi se tenait la haute silhouette d' Hartung étayée sur ses béquilles.
Il m'adressa la parole avec beaucoup de familiarité,me demandant si le ciment colle qui fixait les
tessons de pâte de verre ne brûlaient pas trop les mains.Au bout de trois phrases banales,n'y tenant
plus je lui avouais mon admiration pour son oeuvre.Il fut surpris ,comment un maçon connaissait
il son oeuvre,alors que dans la région seul les galeristes,conservateurs de musée,et quelques
collectionneurs s'y intéressaient ? je lui expliquais que j'avais lu dans les années 60 un n° de la revue
Cimaise consacré à l' abstraction lyrique,présentant Hartung,Schneider et Soulage ....et qu' il ne fallait pas
trop se fier aux apparences. Hartung pris plaisir ,je crois, à me faire visiter sa maison encore assez vide
de meubles.Il m' expliqua tous les aménagements,les réseaux de téléphones ,les installations électriques
complexes.Seul son immens atelier était déjà occupé par des caisses de matériels,des châssis de
toiles vierges et même des oeuvres terminées. "Elles ne sont pas encore au coffre"m'explica t il.
Le lendemain j' allais sur un autre chantier et je n' ai jamais revu Hans Hartung
Quelques années plus tard j'allais souvent manger le soir dans un petit restaurant près du port
d' Antibes:c'était ma cantine. Dans ce lieu je fis connaissance d' un monsieur charmant qui détonnait
un peu dans ce monde de barbus hirsutes. Je passais plusieurs soirées à sa table et il se confia sur
son activité.Il était restaurateur au Musée du Louvre .Cela m' intéressait et je lui demandais des conseils
pour nettoyer les quelques tableaux que j' avais à la vente.
Un autre soir il me confia qu' il travaillait six mois par an à "restaurer" des toiles pour Hartung dans sa villa
d' Antibes.Il était très discret sur son travail et je n' ai jamais su quel était son rôle véritable auprès d' Hartung.
sans doute devait il préparer le travail et aider le Maître qui ne se déplaçait plus qu' en fauteuil.
Une fois de plus ma vie a changé et je n' ai plus fréquenté ce restaurant, mais je dois encore avoir la
carte de visite de ce "restaurateur"
Tels sont mes souvenirs liés au nom d' Hans Hartung.