Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 14:26

BON PETIT SOLDAT

ON m' a prêté le dernier opus de Mazarine Pingeot professeur de philo , écrivaine et

accessoirement la fille (longtemps cachée ) de François Mitterand . Je l' ai lu ;c' est un

peu tristounet . Elle ne fait pas pleurer Margot mais ces réflexions sur fond d' élection

d' un autre François laissent un goût de mélancolie . Pauvre petite fille pas riche et célèbre

parce que " fille de ". Mais la petite fille a 37 ans et il est temps qu' elle réponde aux journaleux

fille de mon père mais avant tout je suis moi , j' ai une vie à vivre ,une oeuvre à produire .

La situation de cette jeune femme choyée et bousculée par le monde médiatique m' a suggéré

le conte qui suit.

m-pingeot.jpg

 

 

 

Dans ce conte il y a un Roi , bien sure et une Reine vivant dans un immense château.

Or ce roi eut des amours cachés avec une jeune servante préposée à l' arrangement

de ses collections .Il choisit pour abriter ses amours le sommet d' une très haute tour.

De cette liaison naquit une fille dont l' existence demeura cachée en haut de cette haute

tour....le Roi montait parfois les voir....mais  les Rois eux aussi sont mortels meme ceux

 qui tel le dieu  Janus présentent deux faces.

Donc le Roi mourut et la petite princesse bâtarde pu sortir de la haute tour . Sans doute

meurtrie et perturbée par les années de réclusion elle entreprit de faire le mur . Elle occupait

alors ses jours à bâtir des murs , et des murs pour protéger les murs  Ainsis' était elle

construit un univers clos au milieu duquel était érigée une statue en bronze du Roi son

père

Comme elle s' était attribué la fonction de gardienne de la mémoire du Père-Roi, tous les

jours elle astiquait les pieds de la statue . Aussi les pieds d' un brillant aveuglant contrastaient

ils avec la patine vert - bronze du reste du corps . Pour atteindre le haut de la statue  elle eut l'

 idée de se saisir des gros livres rouges à tranche dorée ,cadeaux du Roi son père. Analole

France ayant beaucoup écrit , les livres arrangés en escalier lui permirent de faire briller la

statue jusqu' à la poitrine .Pour atteindre la tète elle eut besoin de l' oeuvre de Stendhal ;

par cet escalier monumental de cuir rouge doré sur tranche elle put faire reluire la face du

père adoré ...L' image du roi brillait éblouissante au soleil.

et alors !

Alors la petite princesse prit un pot de peinture rose fushia et dessina des moustaches à la

statue du Père Roi .

Et alors?

Alors les murs s' écroulèrent et libérée fut la princesse.

Repost 0
26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 13:25

Beaucoup d' écrivains ,de cinéastes ont fait parler les animaux : des contes de l' enfance

au Demain les chiens de Clifford D Simak....certains ont même construit des saga sur

la "civilisation" des fourmis. Generalement le mode de pensée des animaux est badigeonné

d' anthropomorphisme. Comment se trouver dans la tête d' un animal ,éprouver ses pensées

ses sensations?

J' ai toujours aimé un roman de Marcel Aymé:Gustalin. Je peux bien vous avouer que je suis

un admirateur de ce romancier . Si vous tombez sur Les Tiroirs de l' Inconnu ,un récit à tiroirs,

je vous en recommande la lecture ;moi j' ai été surpris par la construction du roman publié en

1963 ?est ce le souffle du "nouveau roman" ,ou justement une distance ironique prise avec ces

écrivains.

Pourquoi Marcel Aymé ? Parce que dans Gustalin ,un des personnages majeurs est un chien.

Museau c' est le nom de ce chien ,célébré par Nizan dans sa critique:

tout parait ramené au niveau d' un chien poli et narquois,ou tous les gestes de l' homme sont

regardés du ras du sol.

Le chien s'appelle Museau ,car l'auteur veut nous faire comprendre que chez le chien les impressions

olfactives priment ,qu' elles dictent ses comportements,que ses souvenirs s' organisent autour

de réminiscences d' odeurs.

Ainsi  "Museau suivait, le nez au mollet de sa maitresse,songeant à la chienne de de chez

Chantremain"

Le chien suit sa maîtresse ,il est dans son odeur , et subitement il pense à la chienne de la ferme

proche. Est ce le souvenir d' une odeur ,une effluve de phéromones portée par le vent ,ou le chemin

suivi qui passe près de la ferme des Chantremain ,le fait est qu' il décide alors de fuguer et organise

sa fuite pour qu' elle ne soit pas remarquée de suite. Des exemples de psychologie canine on

en trouve tout au long du récit. Mais Museau n' est pas un personnage principal ,il reste à sa

place de chien . Il est des réactions que Museau ne s' explique pas " éveillait en lui des instincts

mal connus.un frémissement l' agitât des épaules à la queue." par exemple quand il croise un

jeune chien poursuivant par jeu une troupe de poules.

Un passage décrit la mort de Museau , il s' effondre en suivant son maître :

Museau levait la tête et essayait de regarder le visage de son maître .On était en vue du sentier

qu' il prenait naguère pour filer chez Chantremain. Tout à coup,il s' arrêta,suffocant et tremblant

des quatre pattes.Quelques secondes il réussit à maintenir son équilibre, puis il s' affaissa sans

avoir la force d' allonger ses pattes de devant, dont une resta prise sous le poids de son corps.

......Hyacynthe ,le voyant grelotter de fièvre et de fatigue,le pris dans ses bras et rebroussa chemin.

 

Cet aparté littéraire c' est un peu en hommage à Rantamplan mon chien,compagnon de 13 années

qui vient de mourir.PR-0126.JPG

 

 

 

Repost 0
15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 15:51

h-auclert-femmes-arabes.jpg

 

Comme promis voici quelques notes après la lecture de l' ouvrage d' HUBERTINE AUCLERT

sur la condition féminine en Algérie. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5461656c/f2.image

le lien conduit à l' exemplaire numerisé de la Bibliothéque Nationale et vous permet de découvrir

le site de numerisation gallica

 

Hubertine Auclert connut un amour très platonique avec son avocat Antonin Levrier,ce dernier

très épris lui fit plusieurs fois sa demande (en mariage) qu elle refusa pour des raisons

essentiellement idéologiques. Elle ne voulait pas être depossédée de ses droits civils :

la femme mariée étant considérée comme mineure,sous tutelle de son mari. Mais elle

souffre trop de sa séparation d' avec A Levrier quand celui ci est nommé juge à Tahiti;

aussi elle accepte le mariage pour le suivre quand il est nommé en Algérie.

C' est en tant que femme de juge qu'elle passe 4 ans en Algérie de 1888 à 1892 Cette

position (épouse d' un juge ) va lui permettre une enquête minutieuse sur le terrain.

Cet ouvrage Femmes Arabes en Algérie qui vient d' être republié en 2011 plus de cent ans

après sa publication initiale,bénéficie d' une excellente préface de Denise Brahimi,

Je ne pourrai que paraphraser cette "introduction" de D.Brahimi aussi ce n' est pas une

fiche de lecture que je peux vous proposer mais quelques notes,quelques réflexions assez

désordonnées.

 

La fin du XIXème c' est l' époque de la colonisation, de la mode de l'exotisme et de l'orientalisme.

Orientalisme dans les beaux arts,des milliers de tableaux qui décorent les intérieurs bourgeois,

scènes de harem,femmes alanguies,luxe,calme et volupté. Des scènes de fantasia ,portraits

de guerriers farouches....Tous les peintres depuis Delacroix rapportent ces visions de l'Algérie.

mais cette mode orientaliste dans la peinture,la littérature n' offre qu'une vision idéalisée d' un

monde exotique où les regles de vie européennes n' ont pas d' objet.

 

gerome-jean-leon-interieur-grec-orsay-1-.jpg

Ici la vision orientaliste et érotique que Gerome donne de cet orient révé et phantasmé

 

Ce n' est pas celle que nous offre Hubertrine Auclert dans son "retour d' Algérie"

Elle écrit en tant que journaliste et militante.

Journaliste car cet ouvrage se présente comme une suite de chroniques,sans beaucoup liens entre

elles ,si ce n' est l' Algerie C'est un ensemble de témoignages qui auraient pu rester anecdotiques,des

chroniques de voyages mais elle a chaque fois une vision plus globale du sujet.Certains chapitres

ont un surprenant intérêt comme analyse sociologique. Etude des moeurs ,des coutumes,des lois,

de la production artisanale,des costumes,des bijoux. C' est le compte rendu d'une observatrice

privilégiée de la société indigène.Privilégiée par sa position sociale: femme de juge,ce qui lui

permet de pénétrer dans l' intimité des femmes en tant que femme et comme co-détentrice de

l'autorité coloniale.

Mais elle est avant tout une militante féministe et ces informations qu' elle nous fournit servent à

étayer un discours politique et c' est ce discours sous- jacent qui donne l'homogénéité à l'ouvrage.

La femme qu' elle présente,suivant Victor Hugo,comme l'esclave de l' homme est ici en tant que

femme arabe ,l'esclave des esclaves. Elle s' attaque avec virulence au système de polygamie,de

mariage des enfants de séquestration des femmes et les lois qui régissent le mariage chez les

musulmans. Elle accuse surtout le gouvernement français de tolérer le sort fait aux femmes et la

 non éducation des filles pour profiter de ce conservatisme , maintenir un système féodal et ainsi 

 avoir les mains libres dans son "oeuvre colonisatrice"

Hubertne Auclert a une position anti colonialiste ce qui à la fin du XIXème est exceptionnel.

Elle demande une représentation démocratique des indigènes :arabes et kabyles alors que

leurs représentants sont nommés parmi les chefs coutumiers

"il est indispensable que les indigènes d' Algérie soient armés du bulletin de vote"

"les intérêts du peuple arabe et de ses chefs était diamétralement opposés"

la thèse d' Hubertine Auclert est que l'intégration des deux peuples et des deux cultures ne peut

réussir que par l' égalité des droits (dont le droit de vote) et surtout par l'éducation des filles.

Dans cet essai on trouve de très nombreux détails sur la vie indigène qui sont rapportés analysés

 avec empathie et ce sont ces chapitres qui donnent de l' agrément à cette lecture

Hubertine Auclert eut des rapports étroits avec ces femmes arabes dont elle décrit la vie,le costume,

les industries,les habitudes alimentaires ,la médecine populaire.Je ne peux qu'imaginer avec un

sourire cette grosse femme avec son bustier et ses robes longues et son ombrelle parmi les

femmes du douar volubiles et accueillantes .Comment communiquaient elles, avait elle des interprètes?

Un autre point me turlupine (il faut dire m' interpelle)c'est son rapport à la sexualité. Hubertine Auclert

fut sans doute une vierge rouge (ou rose) cela ne l'empêche pas d'analyser la sexualité en Algerie.

Elle le fait dans la description de la vie polygame,la prostitution,la prostitution des enfants ;il est

même un chapitre intitulé "Où la prostitution est un sacerdoce" où elle décrit le rôle de la tribu

des Oulad-NaÏls.

 

pour terminer je vous dirai que ces petits textes sont euphorisants ,Au dela des revendications on sent

l' intelligencede l'auteur  avec son sujet ,l'empathie sans aucune condescendance...

Repost 0
29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 18:01

Je me sens de plus en plus ringard....et je vous entends persifler: ringard

comme c' est tendance!!! Voila ce qui m' arrive:pour occuper une nuit d'

insomnie j' ai pris un roman sur l' étagère la plus proche ,il était relié en vert

et semblait très fréquentable . Octave Mirbeau j' ai du parcourir ce Journal d'

une Femme de Chambre mais je ne l' ai de fait jamais lu...J' ai du seulement

en lire des passages pour retrouver l' atmosphère du film de Bunuel le

souvenir du beau visage de J Moreau si bien photographié.

jour-femme-de-chambre.jpg

Pour moi Mirbeau cela correspondait à la littérature de l'avant 1914 un monde

très éloigné mais pas assez pour présenter un intérêt par son étrangeté;un

style de récits et d' écriture pesant qui ne correspond plus à la manière d'

de sentir et d'écrire de notre début de siècle.

Au diable ce préambule;tout cela pour dire que je me trompais et que ce Journal

d' une Femme de Chambre m' a fait passé une nuit blanche et je ne l' ai posé que

lorsque le soleil était déjà haut.

Comment un homme comme M irbeau a t il pu ecrire le journal d' une femme de

chambre? Déjà un certain nombre d' écrivains ont écrit en endossant les habits

féminins. Les lettres de la Merteuil dans les liaisons dangereuses ou les personnages

de Balsac,Stendhal,et bien sûre Flaubert, Madame Bovary c'est moi.

 

 

Ici Mirbeau pénètre l'intimité de son personnage, dans ses pensées les plus

secrètes.dans l'expression de sa sexualité.L'ouvrage a certainement fait scandale

à sa parution et il sentait le soufre .Déjà donner la parole à une domestique lui

permettre de dévoiler les secrets inavouable de ses maîtres n' est ce pas scandaleux?

A   l'époque le côté scabreux des confidences de Celestine,la multiplicité des

rapports sexuels,consentis il est vrai mais obligés, contraints -c'est ça ou la rue ma

fille-....a certainement gauchi la manière dont a été reçu l' ouvrage..

De nos jours l'aspect scandaleux s' est déplacé.Ce qui nous choque c' est la

description de la condition ancillaire.A de nombreuses reprises Celestine

hurle son désespoir d' etre moins considérée que le chien ou le perroquet.

On prétend qu' il n'y a plus d' esclavage...Ah!voila une bonne blague....Et les

domestiques,que sont ils donc eux ,sinon des esclaves?.

  j-d--f-d-chambrebis.jpg

celestine

L' interet du "roman",ce journal que Célestine entrecoupé des nombreux souvenirs

de ses multiples places.réside dans le dévoilement du caractère de la chambrière.

C'est un être complexe,paradoxal

Ainsi elle s'éprend d'un adolescent tuberculeux qui mourra dans ses bras ,d'un

jeune-homme cynique très"canaille" mais aussi liera son sort à celui d' un homme

rustre et secret ,dont la force brutale la subjugue.

Elle hait sa condition mais regrette son service dès qu' elle n'a plus de "place"

et avoue son instabilité,son insatisfaction permanente.

C'est drole et c' est triste...j'ai toujours  eu la hate d' etre "ailleurs"une folie d' ésperances

 dans ces chimériqes ailleurs,que je parais de la poésie vaine,du mirage illusoire des

lointains.

Dans ces rapports aux maîtres il y a aussi souvent un sentiment de haine qui va jusqu'

au désirs de meurtre...

Quelques fois,en coiffant mes maîtresses,j'ai eu l'envie folle de leur déchirer la nuque,

de leur fouiller les seins avec mes ongles.....

les cadeaux que rêvent les domestiques lors d' un mariage

 Baptiste,le valet de chambre :un bidon de pétrole allumé sous le lit

Celestine   mes ongles...dans les yeux

le maître d'hotel  un flacon de bon vitriole à l'Eglise

le jardinier après la mort de sa femme

je les aurais étranglés avec joie...,une joie!...et puis je n' ai pas osé

Cela ne fait il pas songé aux bonnes de J Genet et au fait divers qui l'a inspiré.?

 

Il existe un souffle de contestation social tout au long du livre: c'est la voix de Mirbeau

au travers de celle de Celestine link.Ici un lien vers un site qui vous dira tout sur O Mirbeau

Bien sûre il régle des comptes surtout avec P Bourget qu' il démolit tout au cours du journal,

lui consacrant un grand nombre de paragraphes

Je ne m(occupe pas de ces âmes là,dit-il...ce sont de trop petites âmes...ce ne sont pas

 des âmes....elles ne sont pas du ressort de ma psychologie....

Je compris que,dans ce milieu,on commence à être une âme qu'à partir de cent mille francs

de rentes....

Il y en a des pages de ce ton...il lui taille vraiment un habit à ce P Bourget.Mais qui lit P Bourget

de nos jours? c'est là,la revanche!

  mirbeau-48.png

 

O. Mirbeau était Dreyfusard .Il ne l' affirme pas de front ,il préfère ridiculiser les réactionnaires,

montrant la collusion entre les anti-républicains de tous poils:royalistes ,anti-sémites,

défenseurs de la patrie,de l' armée,de l'église.

Ces réactionnaires il les trouve chez les domestiques qui pratiquent la violence verbale

et à l'occasion leur bras pour assister les nervis anti sémites.

Joseph    Ah! si j' étais à Paris,bon Dieu!...J'en tuerais ....j' en brulerais...j'en étriperais de ces

maudits youpins...

 Et Jean que Celestine aima tendrement.........Un autre soir ,à la sortie d'une réunion Dreyfusarde

où la comtesse l'avait envoyé,afin de casser des gueules de cosmopolites, il avait été emmené au

 poste ,pour avoir conspué les sans patrie,et crié à pleine gorge:"Mort aux juifs!...Vive le Roy!...

Vive l'armée!....

Mais ces domestiques affichant leurs"idées"savent en profiter pour en tirer des avantages matériels.

 

 Avec la voix de Celéstine, Mirbeau offre une description sans fard de l' univers des bourgeois et

de la noblesse ,de leurs tares et de leurs vices.Là aussi il règle des comptes et à la parution de

l'ouvrage les lecteurs cherchaient les clefs de lecture :qui est qui?

Certains ont pu dire que le Journal était un voyage au bout de la nausée. Franchement je ne le

trouve pas,ou la nausée serait provoquée par cette atmosphère anti-sémite de cette fin de siècle.

Je trouve plustot que cette lecture si elle est éclairante quant à la condition de la domesticité

féminine a un aspect très revigorant .Celestine belle et intelligente ,comme une chatte retombe

 toujours sur ses pattes et elle presente un appétit de vivre réjouissant .

 

IL y a aussi la langue de Celestine ,son écriture est fluide,jamais de vulgarité;elle utilise l' imparfait

du subjonctif juxtaposé à un vocabulaire populaire.D'ailleurs ces mots populaires se trouvent plus

 quand elle retranscrit des conversations. Bien entendu c'est la langue de Mirbeau ;dans la préface

il annonce que sur l' insistance de Mlle Celestine R il a accepté de revoir le manuscrit .

Mlle Célestine R...était fort jolie.Elle insista.Je finis par céder,car je suis homme,après tout....

Voila Octave Mirbeau a été une des victimes des charmes de sa création...un nouveau Pygmalion!!!!

 

 

Repost 0
19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 10:06

 

  Citroen_2CV.jpg

  link

Comment gagner sa vie honnêtement  C' est le dernier Rouaud publié  en 2010 dans la "Blanche"

de la NRF...Si j' étais pere-siffleur je répondrais: en écrivant 10 fois le même bouquin.

Jean Rouaud a fait de ses souvenirs d' enfance ,d' ado et de jeune homme sa source

d' inspiration et son fond de commerce. Ses souvenirs il les débite au kilo et les emballe

dans un papier cadeau comme les fayences décorées que sa mère vendait dans sa

boutique de Campbon.

Bien sûr ce n' est pas le même livre mais ce sont les mêmes personnages , la même tranche

de vie que dans les "champs d' honneur" On y retrouve le Père mort trop jeune,la Mère eternelle

veuve triste ,la petite tante discrète dans l' ombre  des soutanes,Dans les personnages récurrents

Il y a aussi la 2cv celle du grand père ,celle de l'auteur à l' époque de la compagne des jours tristes,

celles qui s'arrêtent pour charger l' auto-stoppeur écrivain en devenir.

Cela donne une petite musique tristounette oui c' est ça ..une petite musique....

Ces souvenirs repris,ressassés c' est un matériel qui à chaque livre est utilisé

pour édifier une construction nouvelle.Est ce une recherche du temps perdu?

Ce qui est surprenant chez Rouaud c' est la non chronologie du récit ;il n' est

pas linéaire il y a des digressions, des retours en arrière ou des sauts dans le

temps.Dans ce dernier opus on trouve ,pudiquement décrit sa rencontre, avec sa

"fiancée blonde",les nombreuses rencontres manquées avant l' illumination d'

un amour partagé. Mais ce récit se fractionne au cours du livre et c' est la mémoire

du lecteur qui en reconstitue la trame. A l' évocation de son amour l' auteur convie

Chateaubriand ,Apollinaire, Eluard,Rezvani On est ici dans la génération Gutemberg

pour qui la vie se mêle au souvenirs littéraires ces derniers influant sur la vie et les

souvenirs qui subsisteront.

Mieux que moi l'auteur dans ces lignes

"une des propriétés de l'écriture,c'est qu' il suffit de saisir un fil,de tirer et c' est un

écheveau qui vient."

et pour continuer la métaphore :c'est avec cet écheveau et d' autres que se tricote ,se tisse

l'oeuvre...et .pour moi c' est une petite musique et la suite de ces oeuvres un ensemble

de sonates.

Repost 0
16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 15:22

Dans un coin de ma bibliothéque j' ai retrouvé un ouvrage que j' ai lu il y a bien 20 ans. Je

Me souviens bien qui me l' avait offert ,là n' est pas le propos...il s' agit de AUTO-DA-FE

par ELLIAS CANETTI. C' est loin d'être une découverte puisque sa première publication date

de 1935 et son auteur décrocha le Nobel de littérature en 1981.

Mais voici ce qui m' amène à écrire cette page

au début du récit d' Elias Canetti le "personnage" Kien ce savant sinologue complètement

psycho-rigide ,inapte à la vie sociale ,intervient pour protéger un aveugle contre les agissements

d' un gamin .

 "Kien se jura de se donner la mort s' il était menacé de cécité" page 24

la vue d' un aveugle, la perspective que lui Kien puisse un jour être frappé de cécité le remplit

de fureur .Comment envisager la vie sans lire,sans consulter les volumes de son immense

bibliothèque
J'ai pensé alors à un autre passionné de bibliothèque (lui pas personnage de fiction) devenu

aveugle Vous avez deviné que je songe à Jorge luis Borgès . L'homme de grande culture devenant

aveugle au milieu de cette immense bibliothèque.

Le personnage de Borges renvoyant lui même à celui de Jorge de Burgos le bibliothécaire criminel

de au Nom de la Rose...chaque fois que l' on ouvre un tiroir ,on fait apparaître un autre tiroir ou bien

c' est la métaphore des poupées russes.

Dans une entrevue Umbero Eco parlant de Au nom de la Rose déclara : il y a bien quelques phrases

qui sont de moi...Dans sa création il reprend la totalité  des cultures ,tout ce qui a été écrit tout ce qui

a été dit sert de terreau à son inspiration et il revendique son originalité dans la collation de toutes ces

influences. Il s' amuse en utilisant des citations,des situations empruntées à d'autres ,le plus flagrant

étant dans le choix des noms de ses personnages; Jorge de Burgos et aussi Guillaume de Baskerville

hommage à Conan Doyle...et le fidèle assistant Adso de Melk  Adso et Watson;n' est il pas?IL existe

certainement des thèses qui ont répertorie les clins d' oeil, les polysemies ; qui analysent les differents

degrés de lecture. Au premier degré le roman policier sur fond historique ,au deuxième degré le plaisir du

lettré,les constructions édifiées à partir d' éléments de la culture universelle la connivence entre l'auteur

et le lecteur dans le télescopage de souvenirs communs. Il existe sans doute un troisième niveau de

lecture beaucoup plus grave :c'est la réflexion de Uberto Eco sur la finalité de la connaissance,la tolérance,

ou une vision totalitaire qui guette qui croit tenir la vérité.

Brueghel-tower-of-babel.jpg

tout cela est peut-être bien confus....mais je veux aussi vous confier une de mes observations : c' est

la fascination opérée sur ces intellectuels par Babel

la première parution du livre de Canetti s' appelait   la tour de Babel

Borgès a décrit la bibliothèque de Babel

Eco s' est inspiré de la Babel de Borges pour décrire la bibliothèque du monastère

En tant que linguiste il a écrit plusieurs textes sur la langue de Babel ,cette langue primordiale que parlait

tous les hommes avant l' épisode de la destruction de la tour et la dispersion de ses bâtisseurs.

Ce ne sont pas des coïncidences mais seulement l' émergence de mythes qui structurent notre culture.

Tout cela ce n' est pas pour jouer au cultureux éclectique c' est pour vous inciter à lire et relire ces grands

écrivains du siècle précèdent . Ils donnent tous un plaisir jubilatoire ,celui que peut donner la joie de partager

avec des personnages à la culture et au savoir immense un peu de leur esprit et peut être de se sentir

moins con.

Repost 0
20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 07:38

link   ce lien vous conduit aux pages sur MALEK CHEBEL 

 

Il en est qui préférent l' obscurité et la haine

aux autres je conseille de lire Malek Chebel

qui se bat depuis des décénies pour un "Islam des Lumières"

 

son combat est courageux et il n' est pas à l' abrit du poignard d' un fanatique

c' est en le lisant que nous pouvons protéger cette voix.

Son oeuvre est assez énorme et je ne vais pas en parler en trois ligne.

 

ses écrits sont des liens ,un humanisme convaincant. une culture rigoureuse

il y traite de l' Islam et du politique limitant la religion à la sphère du privé

                de la femme de l' erotisme

                du vin

                et courage des courage de l' esclavage en terre d' Islam

 

  islam esclaves

Repost 0
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 16:30

Je vous l' ai déjà fait remarquer je suis sujet aux coq à l' âne...aux rapprochements saugrenus.

Ce n' est pas par affectation pour jouer au blogueur culturé ,c' est des flashs qui s' imposent à moi

la mémoire d' une émotion, d' une image litteraire .

Justement en nageant à contre_courant dans les dédales de la mémoire Proust est opportun.

C' est en relisant  "les Jeunes Filles en Fleur ".....le passage ou le narrateur croise pour la première fois

les jeunes filles. Il ne les a jamais vues ,il ne connaît pas leur nom,leur famille ,leur pedigree et il ne sait

pas si il les revera un jour. Et alors? il perçoit une émotion , pour Marcel c' est même une commotion....

face aux jeunes filles il se sent attiré ,fasciné, c' est un univers diffèrent du sien ,dynamique ,sportif,

moderne. Il a presque le même age vivant une enfance prolongée dans les jupes de sa grand-mère,

mais il se sent pas de la même génération.

plus loin (une centaine de pages plus tard) il fait même de la régression en jouant avec ses amies au

furet, essayant maladroitement de plaire à Albertine.

 

 

 

m-denis-04.jpg

 

Et bien en lisant M Proust je ne pouvais m'empêcher de penser à Ferdydurke de Gombrowicz.link

Je l' ai lu il y a plus de 30 ans et le souvenir de ces pages est peut être inexacte. C' est le roman de

l' immaturité et aussi d' une conscience de ne plus appartenir  à l' insolence de la Jeunesse .Le héros

de Gombrowicz : jojo Kowalski alors qu' il a dépassé la trentaine se retrouve enfant traité comme tel

par les adultes.....il est fasciné par le couple adolescent "la moderne" mais il en est éloigné car il ne se

sent pas de la même génération ,de la même culture : trop jeune ou trop vieux?

Je ne sais si je vous ai fait sentir ces liens.... c' est mon sens du coq à l' âne de la correspondance.

  FERDYD-1.JPG

 

 

seguin.jpg

 

et voici une image en couleur ( un tableau de Seguin Arsene) ce n' est pas Elstir mais je m' imagine

qu 'il pourrait convenir à la production phantasmée de ce peintre de "la Recherche" link Ici un lien qui

vous donne tous les personnages de cette oeuvre de Marcel.Quand je lis Marcel (Quelle familiarité!

peut être est ce parce que la lecture de la Recherche impose une longue cohabitation avec l' auteur.)

je pense à l' 'oeuvre de Bourdieu .....quel merveilleux materiel pour un sociologue.....en consultant la

liste des personnages on a affaire au bottin mondain...aux gens du monde et aussi aux personnes qui

gravitent autour : demi-monde ,nouveaux riches,domestiques....

On y trouve des ensembles sociaux possédant les mêmes Habitus (codes, attitudes,savoirs)qui leurs

sont propre et qu' ils imposent aux reste de la bonne société parceque leur groupe est dominant.Dans

ces ensembles il existe des sous ensembles un peu rejetés sur les marges. Swann par exemple est

marginalisé parceque juif, pour avoir épousé Odette,et surtout pour être Dreyfusard.Mais ces séparations

sont poreuses: Odette par son remariage avec  Monsieur de Forcheville, Madame Verdurin epousant le Duc

 de Duras changent de place dans la hiérarchie social.

Hiérarchie: c' est ce dont il s' agit . Le dédain du narrateur pour Octave le riche rejeton d'un richissime industriel

en est une illustration.

          "je fus frappé à quel point,chez ce jeune homme........la connaissance de tout ce qui était vêtement,manière

          de les porter, cigares,boisons anglaises,chevaux,- et qu' il possédait jusque dans ses moindres détails

           avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant- s'était développée

           isolement sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle ."

Or Proust était connu comme Dandy ; il faut lire le soin qu' il met à choisir un gilet, rabrouant Françoise la servante

de sa grand-mère s' il ne trouve pas le vêtement qui convient , ou choisissant avec soin la canne qui marquera

son élégance au cas ou il croise "le groupe des jeunes filles". A Octave cet autre dandy anglomane il laisse le golf

 le tennis et le baccara se réservant la sonate de Verteuil et les églises romanes.Peut être est il seulement jaloux

d'un jeune sportif ,dynamic à la santé insolente alors que lui.......maladif et asmathique  pose la supériorité de

"la culture intellectuelle" . C'est ,je crois, ce que Bourdieu appelle la violence symbolique : la capacité à faire 

oublier le côté arbitraire de ces productions syboliques et  les faire admettre comme légitimes.

Dans les codes sociaux il y a le langage...tout au long de la recherche l'auteur se plait à recopier les manières

de s'exprimer , les tics de langage de ses personnages.Les anglomanies d' Odette , les discours populaires

de Francoise la femme de chambre, les fautes de vocabulaire et de syntaxe du directeur du Grand Hotel et

même les "je suis dans les choux" d' Albertine.

 

pour terminer un autre coq à l' ane ....Quand je pense à Marcel je ne pense pas à Fernande mais à Ferdinand

Louis Ferdinand Destouche ....Celine !!!!

Presque la même époque, les jeunes filles en fleur est publié en 1918,la prisonniàre en 1929

 le Voyage en 1933 Et pourtant deux univers les séparent. Marcel Proust est un survivant du XIXème

Celine est un enfant du grand massacre de 14-18.

Proust est né une cuillère d' argent dans la bouche : petit fils d' un puissant agent de change L Weill,

il hérite de son oncle une fortune considérable.

Celine lui  d' origine modeste  , toute sa vie il lutte pour ne pas sombrer dans la pauvreté. Son oeuvre est

habitée par  cette pauvreté qui le poursuit et l' englue.

La ou néamoins ils sont encore plus éloignés c' est le style, la langue. Ils sont opposés et pourtant ce sont

sans doute les deux écrivains français  les plus importants les plus influents de leur siècle et leur postérité

a été marquée également par l' un et par l' autre.

 

22 mars  :  mes intuitions ne sont pas trop injustifiées

ainsi j' ai écouté sur F CULTURE une inter-view ,interviou , entretien de J P Salgas  ou il causait de son

dernier opus : un ouvrage sur Gombrowicz . Il trouve des élements de comparaison avec l' oeuvre de Proust.

Me voici donc conforté dans mes doctes analyses.....

SALGAS-copie-1.jpg

 

 

 

  

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de loup gris
  • Le blog de loup gris
  • : je me promene à pieds en des lieux deserts ou tres frequentés au rythme de mon humeur preferences pour les Cevennes et les Alpes du Sud
  • Contact

Recherche

Liens